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Rosanne Coutaud – Petite main de la Culture

Le commun des mortels s’intéresse assez peu aux coulisses de la Culture ; on va au théâtre, on va à l’opéra, on réserve sa place à un événement, une performance, un apéro dînatoire organisé par tel salon, telle compagnie ou tel festival, et l’on consomme la représentation sur une palette d’émotions puissantes, diverses et parfois contradictoires. Le spectacle terminé, on se lève du strapontin et on gagne la sortie, l’esprit encore bousculé par la féerie qui s’est matérialisée sous nos yeux ébahis ; l’enthousiasme nous habite, nous saisit et nous émeut : « que c’était bien ! Que c’était beau ! Et les artistes, assurément, ils étaient fabuleux ! Vraiment, ce spectacle était une grande réussite. »

Ce que l’on sait moins en revanche, ou ce que l’on feint d’ignorer, c’est que des petites mains ont saigné dans la pénombre pour vous offrir cet instant de grâce.

Rosanne est l’une de ces petites mains qui s’escrime dans le plus grand secret. Si vous voyagez du côté de Bordeaux, vous la trouverez certainement au festival Ritournelles, à bonne distance de la scène, à courir ci et là pour s’assurer de la bonne marche des représentations successives.

Le buste droit, la tête bien sur les épaules, Rosanne ne confie aucun élément au hasard. Ses traits creux et ses yeux embués de fatigue trahissent peut-être un épuisement palpable, mais son énergie demeure intacte pour transformer le festival Ritournelles en une réussite éclatante. Pas le temps de souffler, chaque pause est superflue ; Rosanne est partout, Rosanne occupe tous les fronts. Réservation, écriture, relecture, communication, newsletter, réseaux sociaux, réunions, administratif, dossiers, production, logistique, stratégie numérique, elle planifie, elle lutte, elle s’engage, elle ferraille inlassablement, sans relâche, jusqu’au bout, jusqu’à bout, afin de poser les fondations pérennes d’un événement réussi. C’est à se demander comment il est possible de faire autant avec si peu de temps et seulement deux bras. Un regret souvent exprimé d’ailleurs : « si je pouvais avoir plus de temps pour faire tout ça… ».

Son secret ? Une organisation rigoureuse et méthodique, planifiée dans ses détails les plus infimes, et qui par certains aspects évoquent une discipline toute militaire. Tout est prévu, tout est pensé, heure par heure, jour après jour, la réservation des restaurants, la réservation des hôtels, les billets de train, l’accueil des artistes, les réponses à leurs interrogations, leur arrivée dans la salle de spectacle, les rafraichissements dans la loge, les trente minutes de balance, le suivi avec l’ingénieur son, la monnaie pour la caisse, la billetterie, un sourire affable pour le public malgré la fatigue écrasante qui lui comprime l’échine… et lorsque vient le temps de rentrer, le temps du repos, le repos du guerrier, ses rêves et ses pensées sont focalisées sur la journée du lendemain. « La nuit, je travaille aussi dans mes rêves » confie-t-elle dans un haussement d’épaules. « Le festival et la période qui le précède, c’est assez intense ».

Loin de n’être qu’une simple exécutante, elle porte également des projets culturels, obtient des mécénats et déniche de bonnes idées pour démarcher les institutions alors qu’elle croule déjà sous un travail herculéen. L’une de ses plus grandes fiertés ? « Cette année, je suis parvenue à décrocher France Bleu pour effectuer un direct sur l’une des journées du festival. Ça prouve que malgré un budget minime en communication et des ressources humaines très restreintes, avec un peu de débrouillardise, on peut faire de super choses. »

Arturo Toscanini affirmait que « le chef d’orchestre est un prisme, une sorte de diamant, par lequel passent les faisceaux de toutes les individualités de l’orchestre ». Cela vaut aussi pour les petites mains des événements de la Culture. Rosanne est l’un de ces diamants par lequel passent les faisceaux de toutes les individualités ; elle est le catalyseur de la bonne réussite du festival, car, qu’on se le dise : si la programmation en est l’âme, la logistique, elle, en est le corps, et une âme sans corps n’est rien moins qu’un fantôme.

Ainsi, la prochaine fois que vous fréquenterez un théâtre ou un opéra, que vous réserverez votre place à un événement, une performance ou un apéro dînatoire, peut-être aurez-vous une pensée pour ces petites mains qui s’échinent dans l’ombre, et qui vous permettent de ressortir de la salle en vous écriant : « que c’était bien ! Que c’était beau ! Et les artistes, assurément, ils étaient fabuleux ! Vraiment, ce spectacle était une grande réussite. »

Une réussite en partie due aux petites mains dans les coulisses.